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Phénomène des Présages Chez les Fang/Beti

Nous ne le dirons jamais assez, la relation entre l’homme beti et le monde qui l’entoure est très complexe, du moins vue de l’extérieur. En effet les Beti ont élaboré des croyances et des dogmes qui reflétaient leur vision du monde. Dans sa philosophie et sa vision du monde, bien qu’étant monothéiste (contrairement à ce que certains occidentaux qui ne comprenaient rien à ce peuple ont avancé), le Beti a toujours considéré que toute création de Dieu, quelle qu’elle soit, a une âme, une façon particulière de communiquer.

Raison pour laquelle, il cherchait à entrer en communication avec son environnement, raison pour laquelle également il faisait usage de ces éléments de la nature (eau, herbe, arbre, animal, homme …etc) pour expliquer et s’expliquer les événements auxquels il faisait face. C’est la raison d’être des présages qui constituent l’objet de cet article.

Dans la vie quotidienne des Beti, certains faits ou événements véhiculent un message précis qui peut être heureux ou malheureux.

Pour les présages malheureux, ils sont craints et redoutés par le Beti qui se retrouve sans ressources (pour une fois, sans aucune conjuration possible). Et le pire présage est celui de mort d’un membre de la famille.

Le « Mvene » ou présage de mort est reconnu à travers des événements anodins : 

- La présence d’une dépouille de rat palmiste « Mbime kôé »  sur un lieu très fréquenté (latrines, cour de la maison, intérieur de la maison, sur le chemin emprunté régulièrement). C’est une conviction de la mort prochaine (au cas où la mauvaise nouvelle n’est pas encore reçue) d’un membre de sa famille.

- Il en va de même de la dépouille d’un caméléon, « Mbime jongô » 

- D’un varan appelé « édun Nka’a ».

- Un autre présage de mort est le chant de l’oiseau appelé « akalat », chez les Bulu « Boofio », chez les Ntumu « Woofio ». Ce chant est toujours entendu dans la forêt et prédit la mort d’un proche parent qui par ce chant vous fait ses adieux.

- Lorsque deux gros mille-pattes sont liés l’un à l’autre :

Cette conception épouse la considération selon laquelle la brousse est bien le domaine des défunts.
Pour finir avec ces présages de mort, nous pouvons encore citer dans certains clans ou villages :

- Le cri des chimpanzés aux alentours du village,

- Le cri de l’oiseau « onoan bibii » (l’oiseau des pleurs/sanglots) tard dans la soirée ou très tôt le matin,

- La rencontre d’un iule blanc, mille-pattes (il représente cependant également la prise d’un gros gibier au piège),

- La vue furtive d’un homme/fantôme tout de blanc vêtu,

- L’annonce en rêve, par une personne déjà morte d’un malheur prochain…etc , la liste est loin d’être terminée.

D’autres événements quant à eux annoncent bien un malheur, mais pas nécessairement un décès :

- Le cri du hibou ou la vue d’un hibou de jour comme de nuit est un signe de sorcellerie ou d’attaque sorcière,   « Nloñane akuñ » ; 

- Le chant du coq avant minuit passé est signe que la réunion des sorciers est terrible cette nuit,

- La rencontre ou la concentration au même endroit d’un très grand nombre de lucioles est signe de la présence de mauvais esprits ou de sorciers,

- La rencontre avec un serpent noir sur le chemin de la chasse est signe d’une très mauvaise partie….

- Lorsqu’un chasseur reçoit un coup sur le gros orteil « Oba’a zela’ane », la chasse sera mauvaise

Tous ces signes, ces événements, ces rencontres sont des mauvais signes, de mauvais présages pour l’homme Beti.

Cependant, de même certains signes sont des présages d’un événement heureux :  bonne prise au piège, à la chasse, visite d’un être cher. Voici du moins quelques uns de ces heureux présages :

- La rencontre du mille-pattes blanc pour certains chasseurs présage d’une bonne prise,

- De même la chute d’une luciole dans le feu, « Nkuane ngeké nduan » indique qu’on aura un animal pris au piège

- La palpitation d’un œil ou de la paupière (ou alors les deux),

- La position de son chien de chasse couché sur le dos une patte levée vers le ciel,

- La réception d’un coup violent sur le gros orteil droit (l’orteil gauche étant le signe d’une chasse infructueuse).

- Nous avons également l’entrée d’un papillon dans la maison qui présage l’arrivée d’un étranger.

Toutes ces situations, qui peuvent apparaître banales pour un étranger/non Beti sont bien le reflet de la conception du monde du groupe beti, et montrent bien la difficulté qu’aurait quiconque qui n’est pas du groupe à s’insérer dans l’ensemble, mais surtout à saisir les réactions et les comportements des Beti face à des événements anodins au commun des hommes.


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