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Localisation des Groupes Beti-Bulu-Fang au Cameroun

Les observations faites par des chercheurs ont amené ceux-ci à déduire que tous les groupes Beti-Fang tiennent autour de six principales ethnies auxquelles s’ajoutent d’autres de valeur et d’importance non moins signifiantes. C’est de ces ethnies que descendent de multiples sous-groupes qui occupent les régions du Centre et Sud du pays ainsi qu’une partie de la région de l’Est.

La localisation de ces différents peuples est néanmoins assez compliquée par le fait que certains groupes se retrouvent à la fois dans deux régions, tandis que d’autres se retrouvent dans plusieurs départements à la fois. De même, certains groupes se sont mélangés à d’autres groupes Beti. Cependant que d’autres sont perdus dans un flot de peuples non-Beti.

 

Voici du moins la présentation des  principaux groupes Beti-Fang identifiés, ainsi que leurs sous-groupes selon les observations de Engelbert Mveng ou encore de Joseph Mvogo Nganoma :

  • Les Eton Beti et autres. On retrouve également les Betsenga dans ce groupe qui occupe principalement le Département de la Lékié dans la Région du Centre :
  • Les Menguisa ou Manguisa, très proches des Eton par leur langue, occupent la rive gauche de la bouche de la Sanaga. On les retrouve dans les localités de Saa, mélangés aux Eton, à Ebebda, à Nlongzok ;
  • Plus proches des Manguisa par la langue que des autres groupes Beti, les Eton se localisent des hauteurs de Yaoundé vers la Vallée de la Sanaga. Ils occupent de grands villages traversés par des routes reliant la région de l’Ouest Cameroun à Yaoundé ; on peut les rencontrer dans les localités de Monatelé, Obala, Okola.
  • Les Yezum ou Ezum Beti et autres : Dans ce groupe, on retrouve également les Yekaba, Bamvelé, Vouté, Yebekanga…etc. Ils occupent principalement le Département de la Haute-Sanaga.
  • Les Yezum se localisent dans la plaine de la Sananga, entourés d’autres groupes Beti tels les Yebekolo, les Mvele. Ce peuple présente des affinités avec le groupe Bulu, et Engelbert Mveng avait même associé le processus migratoire des deux peuples.
  • Les Yebekanga : Ils se retrouvent au Sud de la localité de Nanga-Eboko, et leur pays est arrosé par les affluents de la Sanaga.
  • Les Bamvele : Encore appelés « Bele », les Bamvele sont voisins des Maka de la Région de l’Est, des Babouté et des Yekaba. Leur langue les désigne comme faisant partie des peuples pahouins, cependant que leur tradition les rapproche des Yalongo du nord de la Sanaga. Ils ont aussi comme voisins à l’Est, les Bobili, peuple très minoritaire qui serait aussi Beti d’origine. Le grand ensemble des Yezum et autres se situe dans la localité de Nanga-Eboko et les villages qui s’y rattachent.
  • Les Kolo Beti : C’est de loin le groupe Beti le plus nombreux ; il se rencontre dans les deux régions du Centre et du Sud. Dans ce vaste ensemble, on retrouve les Bene, les Ewondo, les Etenga, les Kombé, les Tsinga, etc…
  • Les Ewondo : Ils occupent un territoire qui va de Nkometou à la limite avec les Eton, vers la Région du Sud. On les retrouve dans le Département du Mfoundi, ainsi que les Départements voisins, parfois mélangés aux autres groupes : c’est le cas d’avec les Bene dans le Nyong et Soo, etc…. On rencontre également les Ewondo dans des localités des environs de Bipindi et Lolodorf dans le Département de l’Océan, Région du Sud. Le dialecte Ewondo s’est imposé aux autres durant la période coloniale, mais surtout grâce à l’action des missionnaires blancs, qui se sont pour cela appuyés sur Charles Atangana Ntsama, fait « Chef Supérieur des Ewondo » par l’administration coloniale allemande. Et les premières publications sur les Beti, faites par les explorateurs et les fonctionnaires coloniaux, désignent la Région de Yaoundé ainsi que tout le pays beti par « pays Ewondo ». Cette domination se fait sentir encore aujourd’hui dans le domaine de la musique ; où presque tous les artistes Beti doivent chanter en Ewondo pour se faire comprendre par un plus large public.
  • Les Bene ou Bane, leur pays est traversé d’Est en Ouest par le Nyong et ils se rencontrent dans les deux Régions du Centre et du Sud. Le territoire Bene commence à 25 km au Sud de Yaoundé, pour s’étendre jusqu’aux environs d’Ebolowa au Nord-Est, et de Sangmelima au Nord-Ouest. On les retrouve de manière concrète à Mbalmayo et ses environs, où ils se mélangent aux Ewondo, dans la localité de Ngomedzap dans le Nyong et Soo, dans la localité de Ngoulemakong sur la route Mbalmayo-Ebolowa, dans la localité de Biwong-Bane dans le Département de la Mvila.

On rencontre également des groupes de peuples Bene aux environs de Mfou, mélangés aux Ewondo.


Les Kombé : C’est une population d’origine Beti, plus précisément Kolo ; ce peuple se retrouve aujourd’hui dans le Département du Mbam, perdus dans un flot de peuples parfois non Beti. La concentration du peuple Kombé selon les études de Dugast, se rencontre à l’Est de Bafia, où très minoritaires, ces populations se retrouvent dans trois villages situés sur la route Bafia-Yaoundé ; il s’agit de Bourra I, Bourra II, Bialangana. Ce peuple a presque tout perdu de la langue « ati » ; ancêtre des dialectes Beti.

  • Les Mvele Beti : Le groupe se retrouve dans le Département de la Mefou et Afamba, ainsi qu’une partie du Nyong et Mfoumou. Des observateurs tels Engelberg Mveng introduisent les Mvele dans le groupe Bulu, pour d’autres tels Dugart, c’est le Bulu qui entre dans le groupe Mvele. En ce qui nous concerne, nous avons préféré (et cela engage notre responsabilité) présenter les deux groupes chacun de son côté. Ainsi, le peuple Mvele est situé au Nord-Est de la Région de Yaoundé ; il est séparé en deux groupes, les deux parties étant coupées entre elles par les Babouté et les Batsinga. Le premier groupe, de loin le plus important est situé dans le bassin du Nyong, Département du Nyong et Mfoumou. L’autre groupe, tel un ilot se retrouve sur la rive droite de la Sanaga, notamment dans les localités de Niatsota, Ossombé. Ils ont une langue plus proche de l’Ewondo.
  • Les Ntumu Beti : tous les observateurs introduisent dans ce groupe les Fang et les Mvaé. On les retrouve dans la Région du Sud, avec quelques apparitions dans le Nyong et Soo, Région du Centre. C’est ce groupe que l’on retrouve également très nombreux au Gabon et en Guinée Equatoriale.
  • Les Fang du Cameroun se rencontrent dans la grande forêt équatoriale du Bassin du Ntem et des ses affluents de la rive droite du fleuve ; ils sont situés dans les Arrondissements de Djoum, Oveng, Département du Dja et Lobo, Région du Sud, un autre groupe moins nombreux que le premier se retrouve embrigadé parmi les Ngoumba auxquels ils se mélangent dans la localité de Bipindi. Un troisième groupe Fang se rencontre dans les environs de Campo, où il côtoie le peuple Mvaé.
  • Les Mvaé : Ils sont situés pour le premier groupe dans le cour inférieur  du Ntem, au Sud-Ouest de la localité de Nyabessan, jusqu’à l’embouchure du Ntem. Le deuxième groupe des Mvaé se retrouve coincé entre les Bulu, les Fang et les Ntumu, à l’Est et au Nord de la localité d’Ambam. On peut ainsi les trouver dans les villages situés entre Meyo-Centre et Ebolowa sur la route Ebolowa-Ambam.

Quant au premier groupe cité, il peut se rencontrer à Campo et ses environs, ainsi qu’à Nyabessan. Le dialecte parlé par ce peuple les situe à mi-chemin entre le Bulu et le Ntumu ; et à propos de leur origine, la tradition révèle que ce peuple n’est pas parti du premier emplacement ou premier site des fils de Beti be Nanga.

 

En effet selon la tradition orale, le Mvaé (qui signifie dans plusieurs dialectes  Beti : bien, bon, sans problème…) serait né d’une union incestueuse entre deux enfants de Afiri Kara, ancêtre légendaire des Ntumu, Fang, Okak… En effet, deux enfants d’Afiri-Kara ayant eu des rapports sexuels, la fille tomba enceinte et le « nsém » fut connu de tous. Tout le monde s’attendait à un malheur, c’est-à-dire la mort des deux coupables. Rien n’y fit et la fille enfanta sans difficulté aucune. C’est pourquoi le père s’exclama, tout en soufflant de soulagement « e boya mvae » c’est-à-dire « c’est bien ». C’est le nom qui fut donné à l’enfant et partant à sa descendance.

  • Les Ntumu : Plus nombreux que les Fang et les Mvae, les Ntumu forment un bloc homogène situé sur les deux rives du Ntem, à l’Est du groupe Mvae situé à l’embouchure du fleuve. Au Cameroun, ils occupent la plus grande partie du Département de la Vallée du Ntem, tandis qu’une infime partie se retrouve sur la route Yaoundé-Mbalmayo, dans les villages Ekali. Ils se retrouveraient dans cette localité, après avoir été dans les chantiers de travaux forcés, instaurés par l’administration coloniale française. Une fois les travaux terminés, sans ressources pour pouvoir retourner chez eux, ces hommes s’y seraient installés. Et aujourd’hui, ils ne gardent de leur appartenance au groupe Ntumu qu’un souvenir, perdus dans le flot des populations locales dont ils ont adopté le dialecte.

Pour finir avec ce groupe, nous dirons que contrairement à tous les autres groupes Beti, qui signalent leur origine sur la rive droite de la Sanaga, les Ntumu-Fang ne font pas mention de la traversée d’un cours d’eau à dos de serpent, cependant qu’ils connaissent le python mythique (le Ngamedzaa). Ils seraient donc descendus à partir du Nord-Est de la région d’Ebolowa pour la première vague, et de la Région actuelle de Sangmelima pour la seconde vague ; les deux allant vers le Sud. La deuxième, descendue par Bitam, Oyem est ensuite remontée vers le Nord-Ouest par les Vallées du Woleu, du Ntem et aussi du Kye, pour aller rencontre le premier groupe. La progression vers le Nord-Ouest est stoppée par la rencontre avec les Bulu.

 

Dans la tradition orale Ntumu-Fang, le groupe serait parti d « Ozamboa », et se serait établi pendant des décennies au pied d’un « adzap » qui leur barrait la route entre deux escarpements. Il leur a fallu des décennies pour percer un passage dans l’arbre afin de continuer leur progression à la recherche de la mer. A bien observer, il n’y a qu’un pas entre ce récit et la traversée de la Sanaga.

  • Les Omvang Beti et autres : Dans ce groupe, on introduit les Omvang, les Mbidambani, Yebekolo, Yengono, etc… l’essentiel de ce groupe se rencontre dans le Département du Nyong et Mfoumou et des localités du Haut Nyong, Région de l’Est.
  • Les Omvang présentent deux ilots dont l’un se retrouve dans la Région de l’Est ; les deux groupes sont coupés en deux par les Yebekolo. Le premier groupe Omvang, qui connaît des mélanges avec les Maka se rencontre à Bissoua, Ebode, Ngoulemakong, toutes localités de l’Arrondissement de Messamena, dans le Haut-Nyong. On les retrouve aussi dans la Vallée de la rivière Ayong, affluent du Nyong, notamment à Nguelmendouga. Quant au second groupe, il est situé au Nord-Ouest d’Ayos, riverain du Nyong, où il se mélange aux Yengono.
  • Les Mbidambane : Ils sont géographiquement voisins des Mvogo-Nienge, considérés souvent comme groupe Beti à part. Ils sont localisés au Sud-Ouest d’Akonolinga tandis que les Mvogo-Nienge sont situés sur la rive gauche du Nyong, au Sud des Yelinda et à l’Ouest des Bulu.
  • Les Yebekolo : Ils sont entièrement localisés dans le bassin du Nyong, et sont voisins des Maka au Sud-Est. Population de souche Yambassa, selon la tradition, les Yebekolo sont reliés par certains observateurs aux Mvele. C’est d’ailleurs à la langue des Mvele qu’on assimile la leur. Ils sont situés à Ayos et ses environs, sur les routes de l’Est.

A ces six principales ethnies observées par de nombreux chercheurs qui ont étudié le peuple Beti, nous avons soustrait les Bulu et les Fong, pour les présenter comme des groupes à part. Ainsi donc :

  • Les Bulu : C’est le groupe Beti qui s’est imposé dans la Région du Sud, comme l’Ewondo l’avait fait au Centre, avec l’aide de l’administration coloniale mais surtout des confessions religieuses.

Le pays Bulu est un vaste plateau d’altitude moyenne, s’étirant beaucoup plus en longueur d’Est en Ouest qu’en largeur ; sa pointe Ouest atteignant les environs de l’Océan Atlantique, dans sa limite avec le pays Ngoumba.

 

Les populations Bulu se rencontrent ainsi à Ebolowa, Mengong, Mvangane… dans le  Département de la Mvilla, à Sangmelima, Meyomessala, Mvomeka’a… dans le Département du Dja et Lolo, à Akom II et ses environs dans le Département de l’Océan. Le peuple Bulu s’est également mélangé aux autres groupes ; et ces groupes hybrides se rencontrent parfois en dehors de la Région du Sud : il est ainsi mélangé aux Yengono, Membama, Yelinda, Zaman, dans les localités de Metondo, Akonolinga, Mbang, Mengang, etc…

 

Quant à la langue Bulu, si elle est aujourd’hui circonscrite au pays Bulu, il n’en demeure pas moins qu’elle est encore employée en dehors de sa localité. En effet, avec la bénédiction de l’administration coloniale, la langue Bulu fut enseignée dans les écoles publiques et confessionnelles chez les peuples voisins ; c’est le cas chez les Ntumu et les Mvae, où les élèves devaient d’abord maîtriser l’alphabet Bulu, la lecture et l’écriture de cette langue avant d’espérer étudier la langue du « blanc ». Le Bulu passait alors aux yeux de ces peuples ce que le Bantou est aujourd’hui aux yeux du Pygmée.

 

Cette politique est d’autant plus encouragée que la Mission Presbytérienne Américaine traduit la Bible en Bulu. Et aujourd’hui encore, toutes les correspondances, les publications de l’Eglise Protestante chez les Ntumu et Mvaé sont en Bulu. Ce d’autant plus que les hommes d’Eglise pensent peu ou presque pas à la transcription de la Bible en Ntumu ou Mvaé, contrairement aux Prêtres Catholiques dont certains s’y sont engagés depuis, et dont les résultats pourraient bientôt être visibles.

 

Et le sentiment de rejet que certaines personnes Bulu éprouvent souvent en pays Ntumu est né et trouve son explication dans les frustrations que ces derniers ont connues. Heureusement que les nouvelles générations, pour n’avoir pas connu ces années et ces pratiques y prête également très peu d’attention.

  • Autre peuple Beti à localiser, les Fong : Très peu nombreux, ils se présentent en trois ilots au sein desquels on retrouve encore des villages de populations bulu. On peut rencontrer les Fong au Sud, notamment dans le Dja et Lobo, à Mvoutessi, dans l’Arrondissement de Zoetelé, le Département de la Mvilla, villages de Ngoazip I et Ngoazip II. Ces villages sont perdus dans une marée de villages Bane et Bulu.
  • Les Bundju : Ce sont des populations d’origine Beti, localisées dans le Département du Mbam. Ils occupent deux villages séparés entre eux par un village de populations Ngoro. Il s’agit des villages Biatangana et Biakoa ; situés entre le Mbam et la Sanaga. C’est un peuple qui s’apparente aux Menguisa ; ils ont cependant énormément perdu leur langue d’origine, et ont plutôt adopté celle de leurs voisins plus nombreux, et par conséquent dominateurs.
  • Les Ngoro disent dans leur tradition être issus des Manguissa ; ils sont dispersés entre villages de peuples Bundju, Kombe et Tsinga. Ils subissent depuis la période coloniale l’influence des Tikar dont ils ont adopté beaucoup de coutumes.
  • Les peuples Bafok et Yangakuk sont également issus des groupes Beti, notamment des Bamvelé. Mais conquis et dominés par les Yalongo, ils ont adopté la langue de ces derniers tout en affirmant néanmoins dans leur tradition orale être des anciens Beti.

Ce qui est vraisemblable est que tous ces peuples seraient issus de l’arrière-garde des groupes Beti dans leur progression migratoire en provenance du Nord. N’ayant pu traverser la Sanaga et obligés de se mobiliser sous l’avènement de l’administration coloniale, ces peuples ont fini par perdre le lien étroit, le cordon ombilical qui les liait à leurs frères maintenant éloignés ; à savoir : la langue, les habitudes, bref les coutumes. Déboussolés, ils ont fini par adopter les pratiques et parfois la langue des « Seigneurs de la forêt ». Ils n’ont continué qu’à réclamer leur appartenance à la descendance de Beti be Nanga.

 

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